Les Secrets de la Fée Clochette
Les Feux de la Fée Clochette, qui ont débuté le 11 juillet 1998, ont été à la fois un formidable défi technologique et la réalisation d'un rêve d'enfant : comment faire voler vraiment la Fée Clochette ? Pour nous répondre, Jay Smith, directeur des spectacles et père du projet, et Jean-Eric Ougier, artificier.
La première question qu'on peut se poser, c'est pourquoi la Fée Clochette ?
Jay Smith : Parce que c'est l'année des Grands Classiques Disney, et que la Fée Clochette, c'est vraiment magique, c'est vraiment Disney. Quand j'étais petit, aux Etats-Unis, était diffusée chaque dimanche l'émission de télévision "The Wonderful World of Disney". Ca commençait par la Fée Clochette qui volait autour du château et déclenchait le feu d'artifice avec sa baguette magique. Cette image m'est restée, et je me suis dit : un jour, il faut réussir à créer vraiment cet effet là, pour les spectateurs, mais aussi pour moi ! Au début de Disneyland Paris, pendant la construction, j'en avais parlé à Tom Morris, le designer en chef du Château de la Belle au Bois Dormant et de Fantasyland. Nous avons beaucoup discuté sur comment réussir un jour à faire vraiment voler la Fée Clochette au dessus du Parc pour lui faire déclencher le feu d'artifice. Avec l'Année des Grands Classiques, c'est projet qui m'est tout de suite revenu.
Passer du rêve à la réalisation n'a pas dû être facile ?
Jay Smith : Nous avons envisagé toutes les solutions : ULM, modèles réduits télécommandés, automates... . Mais il fallait que la Fée Clochette apparaisse aussi en chair et en os. Dans Peter Pan, elle est tantôt lumière, tantôt réelle, et quand elle vole, une trace de poudre magique la suit. C'est une luciole : elle est là, et puis elle n'est plus là, elle n'est pas statique. Il a donc fallu trouver des solutions, mais là, je laisse la parole à Jean-Eric Ougier, notre artificier... .
Jean-Eric Ougier : Le principal problème, c'était de retranscrire le trajet de la Fée Clochette dans le ciel. C'est un trajet en apparence aléatoire, souple, en même temps rapide et gracieux. Pour que tous les soirs se reproduise le même trajet qui fasse une jolie courbe dans le ciel, nous allons utiliser des cerfs-volants, qui ne seront pas visibles du public, avec de la pyrotechnie attachée en dessous. Le problème c'est qu'il n'y a pas toujours du vent.
" On a donc mis au point
un système de treuil télécommandé
pour entraîner le cerf-volant "
Il y a aussi tout un système de rail autour du Château, pour créer l'effet de la Fée Clochette volant en spirale, qui nous a posé des tas de problèmes de force centrifuge très amusants.
Amusants ? Est-ce vraiment le mot ?
Jay Smith : Oui ! Nous sommes tous très motivés par ce projet. Les gens qui font les costumes ont eux mis au point quelque chose de magnifique : un tissu avec des filaments qui scintillent et qui donnent l'impression que les ailes de la Fée Clochette bougent et qu'elle est vraiment une lumière dans le ciel.
Concrètement, comment cela va-t-il se passer?
Jay Smith : Vous savez qu'ici, nous ne faisons rien sans une histoire derrière. Alors ça va commencer comme un conte de fées :
Il était un soir, une fée qui arrive
à Disneyland Paris pour amener
sa touche de magie...
Le Château commence à changer de couleur, la Fée Clochette apparaît sous forme de poudre magique. Elle s'envole au dessus des spectateurs pour illuminer Adventureland puis l'arche de Fantasyland. Elle revient ensuite au dessus du Château, mais quand je dis "elle", est-ce que c'est vraiment elle ? Et d'un seul coup, elle apparaît, en chair et en os, et elle vole ! Des centaines de lucioles l'entourent, et le feu d'artifice commence.
A-t-il fallu créer des fusées spéciales ?
Jean-Eric Ougier : Nous créons toujours des fusées spéciales pour Disneyland Paris, notamment des fusées et des feux d'artifice sans bruit. Ce sont des fusées qui en fait n'explosent pas, cela éclate quand même dans le ciel, mais sans faire un bruit. Le feu d'artifice de cette année est entièrement nouveau, avec des choses très légères qui vont voltiger dans tous les sens, se tortiller... . Les couleurs seront pastels, argentées, vertes... . On pourrait presque en parler comme d'un défilé de mode : flou au niveau de la trajectoire, mais virevoltant dans tous les sens, comme des milliers de petites abeilles.
Un petit côté pétillant, même dans le bruit,
quelque chose qui va faire "Pscht"
comme ça...
Comment conçoit-on un feu d'artifice ? On le dessine ?
Jean-Eric Ougier : Il m'arrive de dessiner, mais un feu d'artifice, c'est sans cesse mouvant, alors c'est très délicat. Ce qu'il me faut surtout, c'est la musique. Pour les Feux de Fée Clochette, comme pour tous les feux d'artifice de Disneyland Paris, il y a une bande son spécifique, enregistrée avec un orchestre symphonique. A partir de cette bande son, je travaille avec un système de top réglé par ordinateur. S'il y a un coup de triangle à un moment précis sur lequel j'ai envie de voir une fusée éclater comme une bulle de savon, avec un système de top, je suis certain qu'elle éclatera tous les soir au bon moment. C'est fabuleux !
Quelle sera le meilleur endroit pour admirer ces Feux de la Fée Clochette ?
Jay Smith : La visibilité sera excellente partout, même si les meilleurs endroits restent Central Plaza devant le Château de la Belle au Bois Dormant et Main Street, U.S.A. Mais toutes les entrées des "pays" (Discoverland, Fantasyland, etc.) sont aussi d'excellents emplacements.
La Plus sexy des fées
Un entretien exclusif avec Marc Davis
Dès 1935, Marc Davis est l'un des animateurs vedette du studio Disney. Il a même fait partie de ce qu'on appelait les "Nine Old Men", les 9 animateurs de légende qui entouraient Walt Disney. On lui doit en particulier Cendrillon, Alice, Aurore, Maléfique... et bien sûr la Fée Clochette.
Comment a-t-on créé la Fée Clochette ?
Marc Davis : A l'origine, Peter Pan était une pièce de théâtre, et la Fée Clochette un simple point lumineux qui se déplaçait sur scène. Quand Walt Disney a décidé de produire un dessin animé, il a fallu lui trouver une apparence car nous ne pouvions pas nous contenter d'une tâche de lumière. En fait, elle est née entièrement de mon imagination. Je voulais la rendre sexy. Elle a de belles hanches, un tour de taille très fin et une jolie chute de reins. Ce sont aussi ses couleurs douces, ses ailes transparentes et son costume qui donnent une vraie cohérence à sa personnalité.
Quel type de personnalité a-t-on cherché à développer ?
Marc Davis : C'est un être exceptionnel, elle a des dons magiques, elle maîtrise la poussière de fée et surtout elle a une incroyable personnalité, qui ne s'exprime pas en parole, puisque c'est un personnage muet, mais par gestes. En plus, elle est extrêmement jalouse et ce caractère renforce encore sa présence à l'écran. On est vraiment loin de la tâche de lumière du départ !
Etait-ce un personnage difficile à animer ?
Marc Davis : Le grand défi, c'était de la faire communiquer sans parole. Les scènes que j'adore, ce sont celles où elle constate qu'elle a pris du poids et mesure ses hanches, et celles où elle tente de s'extraire d'un tiroir en passant par le trou de la serrure. Ce sont deux scènes qui font parfaitement ressortir à la fois sa taille et sa personnalité.
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